L’exemple d’Hildegarde de Bingen

Hildegarde de Bingen déconseille la poire crue
Dans la littérature naturopathique inspirée des écrits d’Hildegarde de Bingen, on peut lire qu’Hildegarde de Bingen déconseille la poire crue. Lorsqu’on se réfère à Physica, au livre des arbres, chapitre II, Hildegarde de Bingen nous dit au sujet du poirier :
« (…) Le fruit du poirier est dense, lourd et âpre. Si on en mange beaucoup quand il est cru il donne la migraine et le rhume (…) »
Plus loin elle indique:
« Donc, celui qui veut manger des poires les mettra à cuire dans de l’eau, ou plutôt les fera griller au feu ; elles sont cependant meilleures cuites que grillées, parce que l’eau chaude chasse peu à peu le suc mauvais qui est en elles, tandis que le feu est trop rapide et ne chasse pas, en les grillant, toute l’humeur qui est en elles (…) ».
En ce qui concerne la poire cuite, elle est l’ingrédient de base de ce qu’Hildegarde appelle « l’électuaire plus précieux que l’or ».
La poire dans l’alimentation médiévale
D’abord, de quel fruit parle t-on ? Au Moyen Âge, les fruits semblent assez peu consommés dans l’alimentation, on les retrouve plutôt comme base de remèdes (la pomme devient alors pommade). Les recettes médiévales de desserts reposent souvent sur des pâtes de type « beignets » ou « darioles » avec des épices ou des herbes aromatiques, et parfois sur des fruits secs (raisins, figues séchés, amandes), des coings ou encore des pommes. Les poires sont rares dans les recettes que j’ai pu trouvées à ce jour. Cela s’explique probablement par le fait que la poire médiévale est dure et âpre, à l’image du coing cru. On l’aurait d’ailleurs surnommée « caillou rosat » … Les évolutions ultérieures du fruit en feront un aliment savoureux, juteux et sucré. La description faite par Hildegarde correspond à nos connaissances actuelles sur la poire médiévale qui pourraient expliquer la consommation privilégiée de la poire cuite.
Dans la représentation du XVIe siècle de Hieronymus Bock à droite, la poire est associée au renard, un animal vil, voleur. Le fruit n’a définitivement pas bonne réputation…

Recette de la tourte aux poires
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La poire, Kreutterbuch de Hiernonymus Bock, XVIe siècle, crédit photo: Barbara Herrbach

Hildegarde de Bingen conseille plutôt la poire cuite
En ce qui concerne la cuisson, le XIIe siècle préfère la cuisson à l’eau jugée moins barbare que la cuisson au feu, les grillades. Encore une fois, on comprend mieux les recommandations d’Hildegarde de faire cuire ce fruit dans l’eau, conformes aux mœurs de son temps. D’ailleurs, les recettes de cuisine médiévales contenant la poire proposent toujours ce fruit cuit, ce qui corrobore à nouveau le texte d’Hildegarde quant à l’usage possible de ce fruit.
De manière générale, les médiévaux préfèrent les produits cuits, notamment pour des raisons d’hygiène. La cuisson peut se faire dans de l’eau bouillante, du vin, du vinaigre, avec des clous de girofle etc…
Hildegarde de Bingen propose un remède d’électuaire de poires, « plus précieux que l’or », à base de poires cuites et d’épices.
Alors quid de la poire en naturopathie aujourd’hui?
Se faisant le scribe semble-t-il des mœurs de son temps vis-à-vis d’un fruit dur, âpre voire astringent, Hildegarde de Bingen nous donne un aperçu de la poire au Moyen Âge.
Quid donc des fruits de notre époque, juteux et consommables crus ? La réponse à cette question sera apportée par la vision naturopathique de tout à chacun, influencée sans aucun doute par la variété de poires: il en existait un peu moins de 200 au Moyen Âge contre plus de 500 à la Renaissance. Rappelons toutefois que la plupart des aliments déconseillés par Hildegarde de Bingen présentent ce point commun d’être riches en histamines, molécule occasionnant de nombreux troubles dans l’organisme lorsqu’on est intolérant ou qu’on a une sensibilité particulière. Or la poire mûre est riche est histamines.
Personnellement je consomme la poire cuite et crue (avec modération et le midi uniquement) en salade avec vinaigre, en plat ou en dessert. Ce fruit est riche en fibres et en vitamines ce qui est idéal pour un transit équilibré. Par contre je l’achète locale, bio et de saison !






