Hildegarde de Bingen, usages médiévaux et recettes
La violette est une plante incontournable de la pharmacopée médiévale et dans l’alimentation. Elle est utilisée dans la confection de nombreux remèdes médiévaux par l’apothicaire. Aujourd’hui la fleur de violette est encore présente dans notre phytologie contemporaine.

La violette en botanique
Viola, plante vivace de la famille des violacées
La violette est une plante vivace de la famille des violacées, dont il existe plus de 20 genres et pas moins de 800 espèces.
Floraison: Toutes les saisons selon les espèces
Semis: de juin à septembre
Plantation: selon la variété, généralement du printemps à l’automne.
Usages de la violette: selon la variété, la violette peut s’utiliser en sirop, en confiserie, en cosmétique ou encore en parfumerie.
Les fleurs de violettes sont comestibles crues ou cuites
Parmi les violettes, nous trouvons la célèbre pensée sauvage (viola tricolor), également appelée Herbe de la trinité, fleur de Notre-Dame ou encore violette tricolore.
» La violette se trouve entre le froid et le chaud (…) elle pousse grâce à la légèreté de l’air. Faire bouillir de l’huile d’olive au soleil ou sur le feu, ajouter des violettes de façon à l’épaissir et conserver dans un récipient en verre (…) «
Hildegarde de Bingen, Physica, Le livre des plantes,
la violette (viola) – version Schott, chapitre CIII

Hildegarde de Bingen et Platearius:
Usages médiévaux et formes galéniques
La violette est une plante mentionnée dans de nombreux herbiers médiévaux, une panacée, sans qu’il soit mentionné l’espèce de la violette ou une description permettant d’identifier clairement cette plante parmi les 800 références que nous connaissons aujourd’hui.
- Hildegarde de Bingen mentionne la violette (1)
-> sous forme d’huile (avec de l’huile d’olive)
-> sous forme de vin aromatisé à la violette
-> sous forme d’onguent
-> dans du vinaigre (en ingestion) - Platearius, médecin médiéval de l’école de Salerne du XIIe siècle, recommande la violette (2):
-> sous forme de tisane
-> sous forme de fleurs séchées
-> sous forme de suc que l’on appelle « suc violat »
-> sous forme d’huile que l’on appelle « huile violat »
-> sous forme de sirop
» Les violettes sont froides au premier degré et humides à la fin du second. Séchées comme il se doit, les violettes peuvent se conserver deux ans, toutefois, il vaut mieux les renouveller chaque année. Des violettes nouvelles, on fait le sirop violat, le sucre violat, le miel violat, et l’huile violat (…) »
Platearius, Le livre des simples de médecine, BNF,
manuscrit 12322, traduction de Ghislaine Malandin
Usages d’hier à aujourd’hui :
(3)
Platearius
Le médecin de Salerne est assez précis sur les préparations que l’on peut réaliser avec la violette mais détaille moins les maux concernés. Il recommande les violettes contre « de nombreux maux:
« Toutes les préparations (…), valent « contre toutes les mauvaises chaleurs du corps. Mais en onction, l’huile violat est efficace dans les cas d’échauffement du foie. De même, contre les maux de tête de cause chaude, il convient de oindre les tempes et le front de cette huile. Les violettes ont vertu d’humidifier, adoucir, refroidir et lâcher »
Hildegarde de Bingen
Hildegarde de Bingen détaille rapidement les préparations mais est plus précise sur les maux contre lesquels on peut utiliser, selon elle, la violette:
Lorsqu’on a les yeux enflammés, si on souffre de douleurs à la tête ou de lourdeurs aux reins, lorsque des chancres, des vers ou des cancers rongent les chairs ou encore en cas de mélancolie.


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La violette odorante aujourd’hui
(4) 💜🌸
Aujourd’hui la plante est traditionnellement connue pour ses vertus dépuratives de la peau, adoucissante des muqueuses. Elle est riche en mucilages ce qui en fait une plante revitalisante, apaisante et hydratante de la peau. On peut l’utiliser en voie externe (onguent, huile, etc…).. Elle est aussi une alliée en cas de constipation.
La viola odorata est également utilisée pour ses vertus régénératives physiologiques et psychologiques (contre le stress ou la morosité) mais aujourd’hui, on la rencontre plus souvent en cuisine et en parfumerie qu’en herboristerie.
La violette peut se consommer sous toute forme: crue en salade, cuite, en dessert, en vin, en sirop etc… Quant aux baumes et onguents, vous en trouvez très simplement en herboristerie.

Crème dessert à la violette du XVe s.
Tisane de
fleurs de pensée sauvage:
La pensée est un nom commun pour la violette à grandes fleurs. Aujourd’hui la pensée sauvage (viola tricolor) est plus utilisée que la violette (viola odorata). Leurs propriétés sont presque similaires.
Réalisation de la tisane de fleurs de pensée sauvage
1 cuillère à soupe rase (4g environ) de fleurs pour une grande tasse. Laisser infuser avec le couvercle pendant 10/12 minutes. A boire plutôt entre les repas, sans dépasser 4 tasses par jour.
Précautions particulières (5):
Ne pas confondre les variétés de violettes qui ont des vertus différentes. Quant aux racines, elles peuvent être dangereuses et sont vomitives. En cas de grossesse, d’allaitement, de traitements médicaux ou encore de pathologies, demandez l’avis d’un professionnel de santé. Les plantes ne sont pas des médicaments et ne remplacent pas vos traitements médicaux.
Article écrit par Barbara Herrbach,
Historienne médiéviste et naturopathe
Cet article apporte des informations culturelles et historiques. Il ne constitue PAS un contenu médical, diététique ou pharmaceutique. En cas de doute, consultez l’avis d’un professionnel de santé

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Notes de bas de page:
(1) Hildegarde de Bingen, Physica, Le livre des plantes, la violette version Schott, chapitre CIII, traduction Pierre Monat
(2) Platearius, Le livre des simples de médecine, la violette, viola, traduction Ghilaine Malandin
(3) Attention, les usages médiévaux ne sont pas les usages contemporains. Ces informations sont fournies ici à dessein culturel. Ne les mettez pas en pratique chez vous sans formation médicale.
(4) Informations issues de Jacquemard Karine, in Le guide de la Phytothérapie au quotidien et le fichier excel « Les allégations de santé utilisables » de la DGCCRF
(5) idem
Les informations transmises dans le cadre des articles de la Revue sont fournies à titre informatif et de bien-être uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou un traitement. La mise en pratique des informations culturelles relève de la responsabilité exclusive de chaque participant. En cas de pathologie, de traitement médical en cours, d’allergie, de contre-indication ou de situation particulière, il est fortement recommandé de consulter un professionnel de santé qualifié préalablement à toute mise en application. L’Institut de Naturopathie Médiévale décline toute responsabilité quant aux éventuelles conséquences liées à l’utilisation des informations délivrées dans ses contenus sans avis médical préalable.




