La poudre de momie:
un curieux remède médiéval
Les momies comme remède médiéval? Consommée depuis l’Antiquité, la poudre de momie est un remède de grand-mère original que l’on ne trouve plus dans nos placard aujourd’hui! Et pour cause, ça ne marche pas. Entre filouterie, questions éthiques et absence de base scientifique, découvrez comment la poudre de momie est devenue un remède miracle du Moyen Age et les enseignements qu’on peut en tirer aujourd’hui !
Un remède traditionnel original

La consommation de poudre de momies égyptiennes comme remède semble trouver racine dans l’Egypte durant l’époque de l’Antiquité tardive.
Remède médiéval incongru
Son usage semble avoir pris de l’ampleur dans le Moyen Age occidental vers le XIIIe siècle, après le retour des premiers croisés. Sa place insolite dans la pharmacopée médiévale découle d’un contexte particuliers où les professions médicales et pharmaceutiques se professionnalisent: Médecine, apothicaires, épiciers rivalisent d’imagination pour proposer à leur clientèle des produits originaux et exotiques aux prix indécents justifiés par de prétendues vertus merveilleuses (1).
La poudre de momie dans la pharmacopée médiévale
Pour comprendre les usages thérapeutiques de la poudre de momie au Moyen Age, nous nous sommes appuyés sur les écrits de Pietro-Andrea Matthiolli (2) dans ses commentaires à Dioscoride (3). Dans son ouvrage, il propose plusieurs remèdes thérapeutiques à base de momie:
Dans la pharmacie de Matthiolli
- Contre la migraine: « elle est bonne à la migraine, à ceux qui ont la bouche tournée ou le haut mal (4) »
- Contre « les étourdissements et les vertiges, mise dans les narines avec de l’eau et de la marjolaine »
- Contre les troubles auditifs « détrempée au poids de un grain dans l’huile violette ou de jusquiame, distillée et mise dans les oreilles »
- Maux de gorge « Détrempée et dissoute aux poids de 4 grains dans une décoction de sarriette » ou avec « une décoction d’orge » contre la toux (5).
Une panacée médiévale?
Comme on peut le voir, la diversité de ses indications en faisait une sorte de panacée et donc un produit particulièrement convoité.
De la véritable momie?
Est-ce que c’était de la véritable momie? C’est là toute la question. Du XIIIe siècle au XVIIe siècle, la matière vendue en Europe par les apothicaires a pu être de nature variable et faire l’objet d’une véritable filouterie. Après tout, qui sait à quoi ressemble véritablement la poudre de momie? Il apparaît cependant que des débris humains, simple bitume ou restes animaux ont pu faire l’objet de ventes sous l’appellation de « poudre de momie » (6).
Une panacée même dans les plus hautes instances
Portée par l’approbation des autorités médicales de son temps, François Ier portait sur lui des sachets de poudre de momie, alors antidote contre la peste (alexipharmaque) et de premier secours dans les blessures de guerre (7).

La fin du remède magique dans la pharmacopée médiévale
Inutile de vous ruer sur ce remède de grand-mère médiévale, ce produit n’a non seulement aucun effet, mais en plus, il doit son succès à une erreur de traduction.
Quand le vocabulaire nous trahit…
A quel moment les médiévaux ont eu l’idée de consommer de la poudre de momie? D’où vient cette idée de broyer un corps momifié et de s’en servir comme remède? A l’origine, cela est dû à une erreur de traduction.
Mumia est un mot de langue arabe ou persane signifiant cire et qui était employé pour désigner la substance particulière produite par la lente mellification des corps embaumés par les égyptiens et les substances bitumeuses. Une erreur de traduction lors du passage au latin qui a engendré des siècles de consommation de poudre de momie… pour rien !
Remise en question par la médecine
Au début du XVIIe siècle avec l’apparition de recueils pharmaceutiques, la sélection des produits inventoriés est plus stricte et la poudre de momie ne remplit pas les critères de sélection. Ses vertus seront remises en cause (à juste titre) et elle tombera dans l’oubli progressivement pour ne devenir au XVIIIe siècle, que le souvenir d’une médecine fabuleuse. (8)

L’analyse de la thérapeutique médiévale
La poudre de momie est l’exemple même de la nécessité d’un travail documenté, vérifié et exemplaire. Au sein de l’Institut de Naturopathie Médiévale, ces anecdotes nous ramènent constamment à la nécessité exigeante de revenir aux sources, de comparer et d’analyser le contenu à la recherche des derniers travaux universitaires.

Un remède miracle d’Hildegarde de Bingen?
Hildegarde de Bingen (XIIe siècle) a bien cité quelques remèdes originaux dans Physica. En revanche, elle ne semble pas avoir mentionné la poudre de momie comme remède miracle. Il en va de même pour le médecin juif du Moyen Age Moïse Maïmonide à la même époque.
L’Expertise avant tout
Dans le cadre de nos travaux de recherche sur le Moyen Age, cette anecdote nous rappelle que la rigueur est essentielle car la moindre erreur de vocabulaire peut avoir des conséquences:
- Nos sources doivent être étudiées autant que possible dans le texte d’origine afin d’analyser le vocabulaire employer et les variantes envisageables. Un texte traduit (issu d’une transcription préalable) a toujours une part d’interprétation de l’auteur
- Il ne faut pas édulcorer le Moyen Age car toutes les recommandations n’étaient pas pertinentes. Lorsque je lis des livres sur Hildegarde de Bingen ou lorsque je parle des plantes traditionnelles je m’aperçois que la vision de ces conseils d’autrefois est tronquée « Elle savait déjà », « ils avaient tout compris ». La vérité historique c’est aussi de dire que certaines choses n’ont plus de pertinence aujourd’hui.
La poudre de momie (9) est donc un remède de grand-mère médiévale au destin fabuleux qui n’a jamais eu aucune pertinence, que ce soit au sein de la pharmacopée ou de la phytothérapie. En revanche son histoire a un écho et nous rappelle que rigueur et discipline sont indispensables dans notre recherche. Pour faire émerger des manuscrits d’autrefois des vérités documentées et sourcées.
Notes
(1) TREPARDOUX, F., Les momies comme médicaments in Revue d’Histoire de la pharmacie, 100e année, N 380, 2013, pp. 353-360
(2) Pietho-Andrea Matthioli, médecin et botaniste italien (1501-1575)
(3) P-A Matthioli, Senensis, Commentaires en six livres de la Materia Medica de Dioscoridis Anazarbos, Venise, 1583
(4) Le haut mal est un terme désignant souvent ce qui s’apparente à notre épilepsie actuelle (maladie avec convulsions)
(5) Il va de soi que les remèdes listés ici n’ont aucune pertinence et peuvent véritablement présenter un danger pour votre santé ! Ne les testez pas sur vous !
(6) TREPARDOUX, F., Les momies comme médicaments in Revue d’Histoire de la pharmacie, 100e année, N 380, 2013, pp. 353-360
(7) Article de Slate
(8) TREPARDOUX, F., Les momies comme médicaments in Revue d’Histoire de la pharmacie, 100e année, N 380, 2013, pp. 353-360
(9) Et non pas la poudre de mamie comme on me l’a si bien fait remarquer :’)
Images Canva
La naturopathie n’est pas une pratique médicale. Cet article vous a présenté l’histoire de la poudre de momie et son usage au Moyen Age. Il est interdit d’aller gratter les momies du Louvre pour vous en faire un cocktail ! Faites preuve de discernement !

