L’épeautre d’Hildegarde de Bingen

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Présentation de cette céréale médiévale


L’épeautre est une céréale célèbre souvent associée à Hildegarde de Bingen. Elle est issue de la famille des Poacées, famille qui regroupe notamment de nombreuses espèces de prairies.

Ancêtre du blé, l’épeautre est une des premières céréales connues par l’homme, son existence est attestée dès -9000 avant JC. Elle se distingue du blé par son aspect morphologique, son grain est vêtu, c’est-à-dire enveloppé dans une glume riche en silice, tandis que le blé est un grain nu (1). Elle a également une balle qui adhère au grain, même après le battage, ce qui nécessite un meulage pour éliminer l’enveloppe coriace. Selon les espèces, elle présente un ou deux grains par épillet.

Triticum aestivum ssp spelta = épeautre (ou grand épeautre)
Triticum aestivum ssp aestivum = blé ou froment
Triticum monococcum = petit épeautre ou engrain

épeautre céréale d'Hildegarde de Bingen utilisée en naturopathie et détaillée dans la formation sur les plantes selon Hildegarde de Bingen en naturopathie. Pour se former à la naturopathie hildegarde, apprendre la naturopathie hildegarde, les plantes d'hildegarde

Au Moyen Age, l’épeautre occupe une place privilégiée – au même titre que le blé- dans l’alimentation et notamment dans la fabrication du pain.

Le pain est un aliment de base au Moyen Age, mais également un marqueur social. Chaque adulte pouvait consommer entre 1 et 2 kilos de pain par jour (2). Il n’est donc pas étonnant qu’Hildegarde de Bingen commence son œuvre de sciences naturelles Physica par un inventaire des céréales: l’épeautre est la 5e plante citée (3).

Si le monastère vivait en autosuffisance en matière de plantes aromatiques, médicinales, fruit et légumes, les céréales étaient en revanche cultivées sur les terres du monastère par des paysans, qui s’en servaient également pour payer l’impôt.



Les vertus de l’épeautre selon Hildegarde de Bingen

L’épeautre est la 5e céréale décrite dans Physica. Hildegarde de Bingen la recommande pour:

  • Sa viriditas bienfaisante
  • Ses vertus pour les humeurs du corps
  • Ses vertus pour l’équilibre corps/âme/esprit
  • Ses vertus pour le transit
  • Pour renforcer une personne « affaibli(e) et que sa faiblesse l’empêche de manger »

Wighard Strehlow (4), auteur prolifique – dont les travaux sont discutables- autour des recommandations d’Hildegarde en naturopathie déclare que « son attention s’est portée sur l’épeautre parce qu’il existe très peu de produits qu’Hildegarde de Bingen apprécie au plan diététique » (5). Il nous apparaît essentiel de rappeler qu’Hildegarde de Bingen n’exclut pas les autres céréales de l’alimentation. C’est un topos – erroné – véhiculé par les écrits de naturopathie: L’avoine et le blé par exemple sont également recommandées par Sainte-Hildegarde. En revanche, l’épeautre est l’une des seules céréales dont Hildegarde vante l’intérêt pour l’équilibre corps/âme/esprit.

Retable d'issenheim présentant l'épeautre au pied de saint antoine. Retable pour illustrer les vertus thérapeutiques de l'épeautre, probablement utilisé comme remède au moyen age. L'épeautre un remède? Hildegarde de Bingen lui attribue aussi des vertus thérapeutiques
Mathis Gothart Nithart dit Grünewald (1475-1480 – 1528), Le Retable d’Issenheim, 1512-1516. Huile et tempera sur bois de tilleul. Panneau de gauche L’Agression de saint Antoine par les démons. Panneau de droite La Visite de saint Antoine à saint Paul ermite. Musée Unterlinden, Colmar © photographie Musée Unterlinden, Colmar 

L’épeautre et le feu de Saint-Antoine

Hildegarde accorde des vertus somme tout revitalisante à l’épeautre. Il est intéressant de constater qu’en 1512, Mathias Grünewald auteur du célèbre retable d’Issenheim a peint deux panneaux représentent Saint-Antoine. Le « feu de Saint-Antoine » est une maladie terrible, provoquée par un empoisonnement, l’ergostisme. Les symptômes étaient effroyables, et des monastères dédiés à Saint-Antoine prenaient en charge les malades atteints de cette maladie. Sur le retable, au pied de Saint-Antoine, on constate la présence de l’épeautre parmi les 14 plantes peintes et utilisées probablement pour traiter cette maladie (6).

Il y a toujours de nombreux questionnements lorsque l’on parle de l’épeautre d’Hildegarde de Bingen: s’agit-il du petit ou du grand épeautre? quelle variété?

Dans Physica, Hildegarde liste les plantes telles qu’elle les connaît, sans prisme scientifique, ajoutant parfois un adjectif comme pour « la menthe aquatique ». La difficulté dans l’étude des plantes d’Hildegarde est plurielle:

  • Lorsqu’elle cite une plante (en latin ou haut-allemand), s’agit-il de la variété que nous connaissons aujourd’hui? (autrement dit ce qu’elle appelle « épeautre » correspond t-il à ce que nous nommons par le même nom?)
  • Cette plante a t-elle évolué avec le temps? Si oui, a t-elle conservé ou non ses vertus?
  • S’il existe plusieurs variétés de cette plante, de quelle variété s’agit-il?

D’après de récentes études (4), il semblerait que l’épeautre médiéval d’Hildegarde se rapprochait du grand épeautre; la variété contemporaine qui s’en approche le plus est le « grand épeautre non hybridé Oberkülmer » (7). Quant au « petit épeautre », il s’agirait d’une céréale historiquement plutôt méditerranéenne.

Tandis que le blé a suffit les affres du XIXe-XXe siècle liés à la mécanisation et à l’industrialisation, l’épeautre, par sa balle et ses étapes supplémentaires de traitement a été mise de côté – pour notre plus grand bonheur aujourd’hui puisque cela nous permet d’avoir encore dans notre patrimoine botanique, une céréale ancestrale savoureuse et pertinente en naturopathie. La variété hildegardienne qui se rapproche le plus de la variété médiévale et des vertus énoncées par Hildegarde elle-même reste le « grand épeautre non hybridé Oberkülmer » (8) que l’on retrouve dans des commerces spécialisés.

image illustrant les formations autour d'Hildegarde de Bingen en naturopathie, dispensée par l'Institut de Naturopathie médiévale

Notes de bas de page de l’article sur l’épeautre

(1) CEBALLOS, L., Hildegarde et l’épeautre, Editions IH.
(2) BIRLOUEZ, E., Petite et grande histoire des céréales et des légumes secs, Editions Quae, p. 89
(3) Dans la version Daremberg. Il existe plusieurs versions de Physica, et les chapitres sont organisés différemment selon les versions.
(4) Wighard Strehlow a écrit de nombreuses oeuvres autour des écrits d’Hildegarde de Bingen. Je ne recommande pas cet auteur car il cite des informations comme des « études », des « analyses » et autres rapports de recherches dont il ne cite pas les sources. Par ailleurs, il attribue à Hildegarde ses propres interprétations personnelles, faisant dire à la Sainte des paroles ou des pensées qu’elle n’a pas dite et instillant un flou dans la pensée du lecteur. Cela est incompatible avec notre rigueur scientifique
(5) Citation de Wighard Strehlow in Guérir par l’alimentation selon Hildegarde de Bingen, Editions du Rocher, 2019, p. 42
(6) Ceballos, L., idem
(7) Hybridé signifie que la céréale a été tranformée, hybridée avec du blé. Elle perd donc les caractéristiques inhérentes à l’épeautre pur
(8) Ceballos, L., idem

La naturopathie n’est pas une pratique médicale. L’épeautre est une céréale qui peut être incompatible avec certaines problématiques de santé, notamment les maladies coeliaques. Si Wighard Strehlow attribue un certain nombre de propriétés à la céréale, nous vous rappelons que consommer de l’épeautre ne remplace pas un suivi médical ni des soins médicaux.

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